mercredi 4 novembre 2009

Il n'y en a qu'Une!












Ça faisait bien longtemps que la première chaine française n’avait plus acheté des espaces publicitaires pour elle-même chez ses concurrents. Et pourtant tout arrive.
Depuis le 25 Mai, une pub plutôt bien ficelée a débarqué sur les écrans (de Canal + aux salles de cinéma, ça brasse large et pas forcément le public cible de la chaîne). TF1 s’y adresse amicalement à ses téléspectateurs, au détour de saynètes drôles (tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir un père vitrier, le brushing plat d’un côté…). Humour surprenant venant d’une chaîne qui nous avait plus habitués à un humour gras, bas du front, voire pire.

La crise !!!
Mais crise aidant, la Une doit réagir. Depuis début 2009, elle a perdu 27% de recettes publicitaires, soit 90 millions d’euros. Son audience stagne autour de 25% de parts de marché contre 33% en 2007 (même si ses parts restent largement supérieures aux 18% de France 2 et aux 11% de M6).
Pourquoi ce désamour ? La crise bien sûr et la baisse des recettes publicitaires expliquent une partie de la tourmente. Mais d’autres raisons, plus anciennes, peuvent expliquer cet effritement d’audimat qui explose aujourd’hui.

Petit flashback
Déjà en 1997 (première grosse campagne de pub de TF1), Etienne Mougeotte, alors directeur général des programmes, parle d’un retour aux fondamentaux, la fameuse « quête de sens ». Exit Dorothée, Pradel ou Morandini. C’est à cette époque qu’apparait une ligne éditoriale salement putassière et ultra payante. Les audiences des émissions phares caracolent autour de 40%. On se concentre sur la misère humaine (la pauvreté, le viol, la drogue, la prostitution), les magouilles (la drogue, la prostitution, tiens ca se répète), le cul (le viol, la prostitution, on prend les mêmes et on recommence…).
Trois mamelles dont le Droit de Savoir, par exemple, a usé les pis jusqu’à la corde. Les intitulés laissent apparaître une poésie sans nom. Planète transsexuelle : enquête sur le troisième sexe, la France qui triche… Porté par des reportages de terrain cheaps, vulgaires, voyeurs, on rencontre des smicards et autres rmistes qui profitent du système, vident les caisses (y a quelqu’un qui m’a dit qu’elles étaient déjà vides) et bien sur ils sont souvent issus de l’immigration. Entre pathos, racisme (vieille ficelle de l’étranger bouc émissaire), clientélisme politique, le droit de savoir et consorts étaient le fleuron de la chaîne.

En 2001, pendant que M6 lance son loft, le chevalier blanc Patrick Le Lay, PDG de TF1, affirme vouloir « faire obstacle à l’irruption en France de la télé-poubelle par choix éthique ». Mais, vus les résultats publicitaires démentiels des ébats d’une blonde siliconée dans une piscine, TF1 change son fusil d’épaule et se lance à corps perdu dans la real TV (Star Academy, Nice People…).

Bling-Bling VS France d’en bas
A force de miser en prime time sur les paillettes, les émissions en plateaux (finie la belle époque où on suivait une pute sur les trottoirs parisiens, un dealer de shit en bas d’un immeuble, ou un engagé à la légion qui devait en chier à l’écran), TF1 semble s’éloigner de ce qui faisait son succès. La dépravation, oui. Mais celle du voisin, de l’arabe du coin. Le téléspectateur de TF1 (la fameuse ménagère de moins de cinquante ans) ne se projette pas dans les poules peroxydées et les mecs bodybuildés. Trop clinquants. On regrette les témoignages à visage caché d’une fille violée par son père, devenue prostituée et camée. Le sordide du quotidien plutôt que la pseudo luxure et son consumérisme affiché.

Aujourd’hui, ce sont des stars déchues qui s’avilissent dans la ferme des célébrités, des ersatz de bimbos en quête de notoriété dans Secret story, le bling bling télévisuel bat son plein. Evidemment, le téléspectateur voyeur old fashion n’est plus repu. Heureusement, d’autres chaînes s’y sont collées. La TNT (TMC, NRJ12 racolent activement les téléspectateurs) et aussi M6 ont pris la relève. Grignotant doucement des parts d’audience (et de pub) au géant, la petite chaîne qui monte produit autant de télé réalité (Pékin express, la Nouvelle Star, Super Nanny…) que de reportages décérébrés et journalistiquement pornographiques (66 minutes rivalisant avec le meilleur de Charles Villeneuve). Pour replonger dans l’obscénité TF1 de la grande époque, il faut mater M6.

En 2009, à la recherche éperdue de nouveaux « cerveaux disponibles » pour vendre lessives, bagnoles et sodas, TF1 tente un changement d’image et de positionnement (après avoir dégagé le monstre bicéphale Le Lay/Mougeotte pour Nonce Paolini). Sa campagne de pub, ses affichages qui nous posent rendez-vous. Autant de manières de renouer le lien rompu avec son cœur de cible.
Malheureusement pour TF1, la com, aussi bonne soit-elle, ne changera pas une réalité nouvelle : le spectateur n’est plus fidèle. Il flâne sur l’hertzien, mate la TNT, s’acoquine avec le câble, pour terminer sur le Net, ayant ainsi l’illusion d’être libéré d’un média totalitaire.
L’hégémonie d’un groupe, le monopole médiatique d’une chaîne ou d’une major, n’est plus dans l’air du temps, tout du moins de façon affichée. TF1 pour survivre devra multiplier ses identités (TMC, DVDrama…), être caché pour mieux régner. L’Empire est mort, vive la Corp !

Serial zappeur. La rentrée des séries.















En ce mois de Septembre, rentrée oblige, les séries, celles que l’on suit ou celles que l’on découvre, déboulent. Petit tour d’horizon.


Alors que la diffusion de la saison 4 de Dexter commence le Dimanche 27 Septembre sur Showtime, histoire de teaser son monde, la chaîne américaine a mis en ligne le premier épisode. On y découvre notre serial killer submergé par son nouveau rôle de père. Dur d’être frais au bureau (et lors de ses escapades nocturnes) quand le bébé pleure toute la nuit. Ereintant d’être dérangé au milieu d’une mise à mort pour aller acheter du lait en poudre ou un biberon. Autant dire que Dexter semble au bout du rouleau alors qu’un nouveau défi se profile : un criminel sadique hante les rues de Miami et depuis trente ans il échappe à la police. John Lithgow (L’esprit de Caïn et Blow out chez De Palma) campe un taré flippant, égorgeur de son état.

Le premier épisode ne dévoile pas grand-chose sur l’architecture de la saison. Un personnage de la saison 2 revient (non les mecs vous pouvez arrêter de baver il ne s’agit pas de Lila), Rita s’enfonce un peu plus dans sa vie de femme au foyer (il serait temps que les scénaristes s’occupent de ce perso sinon ca risque de devenir lassant de la voir déambuler dans sa cuisine avec ses marmots et sa naïveté à la limite de la niaiserie).


Même chaîne, autre ambiance, Nurse Jackie. On avait laissé Eddie Falco (Mme Soprano) quelque part dans le New Jersey, on la retrouve infirmière un brin toxico aux urgences d’un hôpital de New-York. Série format 22 minutes, Nurse Jackie surfe sur la vague médicale à la Urgence (séquences ultra réalistes de victimes en miettes arrivant dans son service), avec un soupçon de romance (Grey’s anatomy). Pas sûr que le cocktail prenne, même si l’interprétation de son actrice principale donne à cette série une bonne raison d’être matée.


Alors que l’été s’achève, HBO termine gentiment la diffusion d’une série dont je reparlerai plus longuement dans un prochain donjon (il reste encore un épisode pour clore la 2è saison), True Blood. Retour à Bontemps où les vampires, les polymorphes et les humains cohabitent de plus en plus difficilement. Une nouvelle venue dans la ville (Michelle Forbes) sème la pagaille ou plutôt pousse les habitants vers leurs instincts les plus primaires. Violence, sexe (on ne compte plus les scènes d’orgie en full frontal dans cette saison) sont les ingrédients de True Blood. Si vous pensiez que la saison précédente était un peu trop bon enfant, les scénaristes ont dû vous entendre et vous en aurez pour votre argent (ou votre téléchargement). Le frangin Stackhouse s’embarque dans une secte ultracatho anti-vampire, Bill le vampire doit éduquer une adolescente qu’il a mordue, et Sookie ressent une attirance physique démentielle pour Eric. Utilisant enfin l’immortalité de ces personnages, la série se permet des voyages dans le temps, chez les vikings au Moyen Age, dans le New-York de la prohibition… Bref un très bon cru !


Enfin, la petite chaîne qui monte, AMC, déjà reconnue pour Mad Men, propose la 2e saison de Breaking Bad. Walter White, prof de chimie, découvre qu’il souffre d’un cancer des poumons. Se sachant condamné à court terme, il embrasse la carrière de producteur d’amphèts en compagnie d’un ancien élève. Sa femme enceinte et son beau-frère, flic chez les stups, ne vont pas lui rendre la tâche facile. Assez proche de Weeds (un drame pousse un citoyen lambda à se lancer dans le trafic de drogue), Breaking Bad parvient à surprendre par l’utilisation de son personnage principal. Pauvre type, un peu suiveur, sans autorité et trouillard, Walter se métamorphose en bête de sexe avec sa femme, en boss intraitable avec son acolyte de dealer, tout en s’étiolant physiquement. La première saison pose les jalons d’un univers un peu simpliste mais servi par des perso hauts en couleurs.


Alors que la télé française peine toujours autant à la production de séries au contenu pertinent et à la facture cinéma, les Etats-Unis montrent une fois de plus leur créativité ou tout du moins leur perspicacité. En attendant le remake de la grande série des années 80, V, ou du Prisonnier (avec Ian McKellen quand même), il y a des choses à se mettre sous la dent.

To be continued…

dimanche 13 septembre 2009

Moon de Duncan Jones Giant steps are what you take, walking on the moon…














Quand on découvre le pitch de Moon, on peut rester circonspect : un homme, un robot, une station lunaire en quasi huis-clos.
Premier film, petit budget, grandes ambitions, Duncan Jones a mis la barre très haute.

Sam Bell (l’excellent Sam Rockwell) en mission lunaire d’extraction d’une nouvelle énergie propre, est à quinze jours de son retour sur Terre où l’attendent sa femme et sa fille. Il est impatient, et on le comprend. Cela fait bientôt trois ans que le bonhomme travaille seul dans la station Sarang. Son unique compagnon, Gerty, est un robot (Kevin Spacey lui prête sa voix) dont les émotions transitent sur écran via un smiley.
Lors d’une sortie banale, son module lunaire est accidenté. Sam se réveille alors dans l’infirmerie de la station, Gerty à son chevet. Désireux de comprendre les raisons de cet incident, il retourne sur les lieux et découvre dans le véhicule, un homme en costume d’astronaute. Il est alors face à son double.

Impossible d’en dire plus sans déflorer le film (j’aime spoiler mais cette fois je me retiens). Sam Rockwell se donne la réplique une heure trente durant, on se prend à s‘attacher à un robot non anthropomorphe, bref Moon surprend.
La station lunaire, minimaliste, immaculée, sorte d’Open Space où trône un vieux fauteuil anglais résume à elle seule l’ambiance du film.
Sous ses atours de modernité (matériel high-tech, écrans d’ordi…), Moon est empreint de nostalgie. Pas une nostalgie vécue (Jones est né en 1971), mais fantasmée.
Le lieu unique, certes technologique, n’est pas sans rappeler les vaisseaux très sixties d’un Star Trek ou les images inconsciemment inscrites dans nos mémoires des missions Apollo. Les véhicules, les costumes d’astronautes, tout ressemble à 1969. Et pour cause, la Lune ne fut finalement visitée qu’une fois et ces souvenirs sont les seuls repères mentaux et imaginaires que nous ayons.

Mais la machine à remonter le temps ne s’arrête pas. Sam regarde sur son moniteur des épisodes de Ma sorcière bien-aimée. Son robot, intelligence artificielle parfaite, par le biais de ses smiley évoquent l’enfance (sans doute celle de Jones), l’innocence, la candeur.
Duncan Jones, de son vrai nom Zowie Bowie (si le patronyme vous dit quelque chose c’est normal), offre un film de fan de SF, un film d’adulte rêvé par un gamin. Un gamin bercé par Space Oddity, qui a dû tripper devant 2001, et qui à 37 ans réalise son premier film, personnel, intimiste. Servi par une musique stratosphérique, aussi discrète qu’émouvante composée par Clint Mansell (Pi, Requiem for a Dream), produit par Mme Sting herself, Moon se déguste comme une madeleine de Proust, qui en parlant de demain vous invite à regarder la Lune comme un gosse. « Mon Dieu, c’est plein d’étoiles » disait Kubrick. C’est dans les yeux de Duncan Jones qu’elles doivent briller.

Embodiment of Evil de José Mojica Marins. Brasil, a country for old men.















En 1963, avant l’américain Romero et ses zombies, le réalisateur brésilien José Mojica Marins, invente, met en scène et incarne un personnage macabre : le malfaisant et amoral Coffin Joe.

De son « vrai » nom Zé do Caixao, Coffin Joe est un tueur sadique, dont la perversité des crimes n’a aucune limite. Il apparaît comme un Jack l’Eventreur do Brasil, toujours coiffé de son chapeau haut de forme, une cape sur le dos, ses doigts terminés par d’horribles griffes (que Marins fait véritablement pousser pour le film).


Dans At Midnight I’ll take your soul (premier volet de la tétralogie), Coffin Joe, directeur de pompes funèbres, totalement déviant et cruel, n’a de cesse d’essayer de procréer le fils qui lui succèdera dans la tâche difficile de mutiler, martyriser, dépecer d’innocentes victimes. Mais pas de chance, sa femme étant stérile, son projet est avorté. Dans This night I’ll possess your corpse (1966) et Awakening of the beast (1969), le cauchemardesque Coffin Joe court toujours après la femme parfaite qui portera son enfant diabolique, éradiquant au passage des kilos de chair humaine.


Devenu le Pape brésilien de l’Horreur, Marins ranime en 2008 son célèbre personnage (dont la mythologie a engendré des émissions télé, des bandes dessinées et même des chansons populaires), avec Encarnaçao do Demonio (Embodiment of Evil).


Le film débute dans une prison où après trente ans d’incarcération, Coffin Joe est sur le point d’être libéré. Les griffes du tueur, toujours en quête d’une génitrice, vont pouvoir reprendre du service. Film d’un vieux réal (80 ans au compteur) incarnant un vieux tueur, Embodiment of Evil n’en claque pas moins le museau à une jeune génération de metteurs en scène pour qui le calcul et la prise de risque minimum ont remplacé l’impulsivité et la grandiloquence. Séquences de torture édifiantes (un rat dévore le vagin d’une victime, on crucifie, on démembre…), critique acerbe d’une police violente et corrompue, portrait au vitriol d’une Eglise catholique revancharde, personne n’est épargné.


Sorte de dernière variation sur le thème, le film est parsemé d’extraits des trois volets (intercalés en noir et blanc dans le récit comme autant de flashbacks nostalgiques du vieux tueur). Film d’horreur réflexif sur le passage de flambeau générationnel, film de réal sur la vieillesse, Embodiment of Evil joue avec sa mythologie sans parodie ni effets faciles.


Parfois drôle dans ses excès, toujours malin dans ses crimes, Embodiment of Evil pêche malheureusement par une réalisation un peu datée, sans vision cinématographique novatrice. N’empêche, il ne faut pas bouder son plaisir à la vue de ce facétieux Coffin Joe, décalé dans une époque qu’il ne connaît pas, faisant la seule chose qu’il sait faire de façon malsaine et donc incroyablement réjouissante. Comme quoi à 80 piges on peut encore produire un cinéma subversif, sale et content de l’être. Avis aux amateurs.

Left Bank de Pieter Van Hees. Le diable en soi.











Premier volet d’une trilogie sur l’amour et la souffrance (suivent Dirty Mind et The Waste Land), Left Bank propose un cinéma de l’attente, de la sobriété, ultra maîtrisé mais profondément incarné. Car la chair, celle du désir ou de la douleur, celle qui engendre ou qui repaît, Pieter Van Hees essaie de la filmer au plus près, au plus juste. Touché, en plein dans le mille.

Marie, jeune athlète, doit mettre sa carrière sportive entre parenthèses suite à un problème médical. Heureusement, elle vient de rencontrer Bobby, tireur à l’arc. Entre eux la fusion, tant sentimentale que sexuelle, puis l’emménagement dans un immeuble du quartier Left Bank d’Anvers. Là, Marie apprend la disparition de l’ancienne locataire, se documente sur l’histoire du quartier, alors que son corps semble subir d’étranges transformations et qu’elle est victime de flashs hallucinatoires.

Proche de l’univers d’un Polanski, époque Rosemary’s Baby, Left Bank distille son mystère avec parcimonie. Par une réalisation réaliste, des acteurs impeccables, Pieter Van Hees revisite le mythe de la possession et du satanisme. Le film, anti spectaculaire et délibérément pauvre en effets accrocheurs, intrigue son spectateur, qui se laisse balader dans cet Anvers de béton et de légende. La folie qui s’installe subtilement chez Marie, son corps détraqué et malade, ses visions cauchemardesques sont autant de pistes qui préparent un final baroque et librement interprétable. La crudité des corps, la nudité malgré des scènes de rapports sexuels explicites, ne penche pas vers l’érotisme mais plus vers la primitivité. Marie nue (et pourtant désirable) incarne plus une Eve en souffrance qu’une énième bimbo dévoilée.

Sorte de grossesse non désirée, de monstruosité contre nature, Left Bank impressionne par sa maîtrise. Marie est-elle la génitrice d’un enfant diabolique ? Perd-elle la raison ? Est-elle sacrifiée ou sauvée ? Autant de questions en suspens, à chacun de se faire son film.

Exercice stylé et brillant, résistant à une explication univoque, Left Bank marque la naissance d’un réalisateur à suivre de très près. Un film qui secoue sans user de vieilles ficelles, qui interroge sans sombrer dans l’hermétisme arty, un film qu’on peut décortiquer intellectuellement ou ressentir charnellement. Le voir, voire le revoir s’avère indispensable. Un bijou flamand inattendu et inespéré, ça ne se refuse pas.

Publié sur: http://cinemafantastique.be/FOCUS-Left-Bank.html

Book of blood de John Harrison. Comment j’ai spoilé Clive Barker… (Si vous lisez ce texte, la vision du film devient subsidiaire)




















Deuxième production pour Midnight Picture Show, la boîte de Clive Barker, après Midnight Meat Train. Sans doute enclin à choisir lui-même ses écrits ainsi que le réalisateur chargé de leur adaptation (est-ce vraiment une bonne idée de ne pas se détacher de son projet ?), Barker a donc jeté son dévolu sur deux nouvelles, On Jerusalem Street et Le livre de sang, pour ne faire qu’un film : Book of Blood. Sur le modèle de la maison hantée, John Harrison (compositeur des musiques de Creepshow ou Le jour des morts-vivants) livre sa version barkienne.

Mary, professeur en parapsychologie cherche à percer le mystère d’une maison où une jeune fille a été sauvagement assassinée, sans que l’on comprenne qui, ni même comment, le crime a pu être perpétré. Aidé par un élève de son cours, Simon, elle va chercher à entrer en communication avec l’esprit qui semble occuper la place.

Book of Blood n’est pas un mauvais film, tout simplement car ce n’en est pas un. Plus proche dans sa construction, son visuel, d’un téléfilm, ce « Livre de Sang » recycle les poncifs du genre, avec une indigence de moyens qui fait peine à voir. Acteurs peu convaincants, effets spéciaux cheap (alors qu’ils sont censés soutenir la peur grandissante du spectateur), et mise en scène plate comme le lac Léman un jour de grand calme.

En effet, la demeure se révèle ne pas être hantée par un esprit mais plutôt par une horde de morts (ils apparaissent dans une des ultimes scènes, vêtus de costumes d’époque, type la Laitière de Vermeer, le soldat sécessionniste, et pour faire aussi contemporain la minette en mini jupe, histoire de brasser large et universel). Ces âmes perdues ont des doléances, et le corps du jeune étudiant se transforme alors en écritoire géant où dans des langues improbables et des signes cabalistiques (ça fait genre mystérieux), les pauvres hères inscrivent leurs malheurs. La maison sorte « d’intersection des autoroutes des morts » (dixit la voix off) devient une sorte de lieu de communication entre le monde des morts et celui des vivants.

Le scénario faiblard n’omet aucun rebondissement téléphoné. Mary, d’abord envisagée comme un personnage positif va se révéler une belle salope, sacrifiant son élève pour écrire le best-seller des pensées des morts. Simon, la jeune recrue, présenté comme ayant un don de clairvoyance, est en fait un escroc mais devient finalement un véritable passeur de l’au-delà. Tous ces tours de passe-passe narratifs ne font qu’enfoncer un peu plus le film dans l’ennui.

Seule la dernière séquence, où un personnage meurt dans une baraque progressivement remplie d’hémoglobine vaut le coup d’œil pour l’excès et le baroque d’une noyade sanguine.

Décidément, adapter Clive Barker et son univers malsain n’est pas chose facile. Harrison s’en tire sans les honneurs mais vu la matière brute et les moyens on se demande comment il aurait pu faire mieux. Ce livre de sang vous tombera peut-être des mains comme un mauvais roman qui se veut sensationnaliste mais ne confine au final qu’à la caricature.


Publié sur:

http://cinemafantastique.be/FOCUS-Book-of-Blood.html

Otto; or Up with dead people de Bruce LaBruce Homosexual zombie movie













Photographe, pornographe, Bruce LaBruce appartient à ces artistes rétifs à un catalogage facile. Sa filmographie, ardemment homosexuelle, aurait sans conteste sa place dans des centres d’Art Contemporain. Sa dernière réalisation, entre politique, expérimentation et pornographie lorgne du côté des films de zombies. Aux antipodes d’un Romero, LaBruce livre un OFNI esthétique, dérangeant, bref un vrai film de l’Etrange.

Otto, ado paumé et zombie, n’a aucun souvenir de sa vie de vivant. En errance dans Berlin, sa route croise celle de Medea, réalisatrice lesbienne qui l’engage pour jouer son propre rôle dans Up with Dead People, un film porno zombie.

Sur cette trame quelque peu elliptique, LaBruce étonne par sa maîtrise cinématographique. La mise en abîme du film dans le film n’est qu’une facette des qualités indéniables de ce long métrage. On oscille entre noir et blanc (les passages de film de Medea) et couleurs (la vie d’Otto), entre modernisme (Berlin, ses graffs et la communauté gay) et Ancien Temps (Hella, la petite amie de Medea est un personnage de films des années 20 dont les apparitions font soudainement basculer le film dans un sépia daté, saccadé, abîmé et muet). La sexualité (ultra présente dans les films de genre mais expulsée des films de zombie) trouve ici une expression débridée. Des scènes d’orgie masculine, de coïts et de fougueuses embrassades scandent la narration tandis que certaines séquences (de nombreux corps sont éventrés et leurs tripes dévorées) replongent le film dans le gore. Allant même jusqu’à mêler relation sexuelles et carnage, Bruce exorcise les tabous d’un cinéma qui use du cul comme un entertainment, en lui dérobant trop souvent son caractère subversif.

Parfois trop arty et poseur, Otto n’en demeure pas moins une expérience visuelle alléchante et troublante. Le discours s’étiole dans les symboliques associées de l’homosexualité et des zombies (rejet par la société, acceptation de ses pulsions, violence des échanges), pourtant on accroche à cet étrange objet cinématographique, qui pour mêler réalité et fantasme va jusqu’à renier l’appartenance de son personnage au règne des morts. Otto n’est sans doute pas un film de zombie classique mais la variation que propose LaBruce sur les affres de cette « communauté » mérite le détour.

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